Proposition écologiste pour l’avenir de l’élevage
Jeudi 30 avril, le Parlement européen débat à Strasbourg d’un rapport sur l’avenir de l’élevage. Ce texte en apparence technique dit en fait beaucoup des choix existentiels que nous devons faire.
L’élevage est au cœur de l’agriculture européenne.
Il structure et façonne de nombreux territoires, représente des milliers d’exploitations et est indispensable à notre souveraineté alimentaire.
Pourtant, il traverse une période de tensions profondes : revenus de plus en plus fragiles, crises sanitaires répétées, changement climatique, dépendance aux importations d’aliments pour animaux, concurrence internationale accrue et mains-mises d’acteurs agro-alimentaires en situation de monopole. À cela s’ajoutent de légitimes attentes citoyennes sur l’environnement, l’alimentation et la condition animale.
Hélas, le rapport soumis au vote propose une lecture défensive de ces problématiques et contribue au déni face aux causes profondes de la crise agricole.
Pire, en sanctuarisant une conception industrielle de l’élevage, il s’entête à déplorer les effets dont il continue de chérir les causes.
De ce fait, en se mettant au service des multinationales de l’agro-alimentaires, ce rapport n’aura pour conséquence que la fragilisation accrue des agriculteurs-paysans. Pourtant, un modèle d’élevage extensif lié à l’herbe et associé à de la polyculture, ancré dans les terroirs, autonome, intense en emplois, a fait ses preuves en terme de robustesse économique et de ménagement des territoires ruraux.
Entre ce modèle vertueux et les systèmes intensifs fortement dépendants des importations et des firmes mais aussi générateurs de pressions sur l’eau, les sols et la biodiversité, le rapport refuse de choisir.
Et c’est là son ambiguïté coupable car en ne choisissant pas, c’est le modèle industriel dominant qu’il favorise.
Nous refusons cette fatalité.
Un autre chemin agricole est possible. Le diktat des géants de l’agro-industrie, de l’agro-alimentaire et de la grande distribution n’ont pas vocation à continuer d’imposer une domination qui soumet et fragilise non seulement des territoires entiers mais aussi le véritable peuple de l’agriculture : les agriculteurs.
Face à l’alliance industrielle, nous prônons celle des paysans, des citoyens-consommateurs et de l’environnement.
Nous portons plusieurs modifications pour des soutiens supplémentaires ciblés sur les modèles extensifs, la protection des haies en rémunérant équitablement les services rendus à la Nature. Nous défendons également la prise en compte de la condition animale qui est incompatible avec les modèles d’élevage industriel.
Nous déplorons la tentation préoccupante de ce rapport qui consiste à caricaturer toute remise en question du modèle dominant comme une attaque contre l’élevage lui-même. Certaines dispositions du rapport vont jusqu’à viser les ONG qui alertent sur les impacts environnementaux ou sanitaires du secteur. Cette logique ne répond ni aux attentes des citoyens ni, surtout, aux difficultés concrètes des éleveurs.
L’urgence est ailleurs.
Défendre un monde agricole et paysan en lui garantissant avant tout un revenu digne grâce à un modèle sur lequel il reprend le contrôle.
Quand ce rapport sert les intérêts des quelques grands acteurs industriels et commerciaux qui captent la valeur de la filière et épuisent les humains, l’environnement et les ressources, nous pensons qu’une nouvelle Révolution est à mener pour rendre à l’élevage européen sa souveraineté et son ancrage territorial.
Le vote de jeudi dira si le Parlement européen accepte d’ouvrir ce chemin.